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Si  moi,  urologue retraité,   j'ai  un  cancer  de  prostate...

 

 

L' opinion personnelle que j' exprime ci-dessous n' engage évidemment que moi-même.  Elle n' a aucune valeur normative, ni même de conseil pour quiconque, chaque malade étant différent et chaque colloque avec le médecin étant singulier.

Toutefois elle est basée sur mon expérience de  quarante années de pratique et d' observations,   et  mon raisonnement  est sincère  :  je me l' appliquerais  à moi-même  comme il a été appliqué avec succès à  mon père.

 

1

Je refuserai toute biopsie avant  traitement,  parce que  :

 

a) le diagnostic peut se faire par le toucher rectal et le dosage de l' Antigène Prostatique Spécifique ( PSA ), sans chirurgie invasive.

b) le léger massage inhérent au toucher rectal augmente déjà le taux sanguin de PSA.

c) a fortiori, le trocart de biopsie ouvre des vaisseaux - les vaisseaux naturels et les vaisseaux néoformés -  et libère des cellules prostatiques dans le sang circulant.

          Au cours de la dernière décennie on a vu préconiser dans les publications et les congrès la pratique de biopsies de plus en plus nombreuses. Elles transforment la prostate en une éponge sanglante.

Je ne veux pas qu'on transforme ma prostate en une éponge sanglante.

          Dans l' histoire d' un malade, il est certes très difficile de repérer la date exacte de la première dissémination, mais, dans ma pratique quotidienne et dans l' analyse que j' ai pu faire du très important registre d' un centre anticancéreux, il m'est apparu que, dans les cas débutants,  la première dissémination se produit au moment de la première intervention - biopsie ou résection - qui a ouvert des veines.

          A longueur de congrès on voit des urologues présenter leurs travaux par ces mots rituels : " ...je présente une série de cancers prostatiques non métastasés ..."   Comment peut-on prononcer une telle phrase, alors que les moyens de détection des métastases débutantes sont nuls !

          La scintigraphie osseuse ne peut identifier que des masses cellulaires importantes, repérables avec certitude environ deux ans après la dissémination, déjà hors d' atteinte de la thérapeutique.

 

2

Je veux qu' un traitement hormonal soit instauré le jour même du diagnostic, sans perdre une minute.

a)   Pourquoi un traitement hormonal ?  Parce que :

 

1) la mort du cancéreux prostatique est due, pour une grande part, aux métastases osseuses de la colonne vertébrale.

Je refuse cette fin de vie,  dans une douleur tellement intolérable qu'elle aboutit toujours à l' euthanasie,  camouflée sous l' appellation " traitement compassionnel par la morphine "

 

2) le seul traitement réellement efficace des métastases à distance  est le traitement hormonal.

-      Chaque urologue a vu des colonnes vertébrales entièrement envahies se normaliser à la scintigraphie sous l' effet des oestrogènes ou des antiandrogères.

-       La base de la doctrine ambiante en cette matière reste toujours l' étude du traitement des vétérans américains par le diéthylstilbestrol publiée au lendemain de la seconde guerre mondiale.

 

Cette très importante enquête concluait à deux propositions générales :

     - le diethylstilbestrol soulage les douleurs osseuses métastatiques

     - il ne prolonge pas la durée de vie.

 

En premier lieu, comme de nombreux confrères,  je conteste la validité de la deuxième proposition,  non seulement parce que l' analyse statistique initiale a été fortement biaisée  mais surtout  parce que l' observation du quotidien montre le contraire.

 

Ensuite, au lieu de tirer la conclusion logique  " on peut utiliser cette molécule pour soigner le cancer métastasé à distance ",  les pouvoirs ont fait décréter   " on ne peut utiliser cette molécule que pour soigner le cancer métastasé à distance ".

Je tiens qu'on ne peut énoncer un pareil verdict quand on a expérimenté la molécule seulement dans les cancers au stade terminal en ignorant tous les autres.

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b)   Pourquoi un traitement hormonal de première intention ?   Parce que :

 

          - Le traitement hormonal ne peut détruire complètement que des populations malignes paucicellulaires.   La caractéristique générale des cellules concéreuses c'est le désordre de la déviance génique.  Dans une population nombreuse, les cellules résistantes, un pourcentage pourtant très faible,  pourront survivre en colonie et prospérer.  Dans une population paucicellulaire,  les quelques cellules survivantes après le traitement hormonal  ont bien moins de chance de pouvoir résister à la défense naturelle de l' organisme et de s' organiser en colonies expansives.  C'est seulement en traitant des petites colonies malignes qu'on peut entrevoir un  espoir d' éradication.

Cet espoir de guérison , ou de stabilisation définitive, n'est pas utopique.  Je témoigne d' avoir rencontré de nombreux cas dans ma carrière, à commencer dans ma propre famille.

Parallèlement, on voit aussi que le cancer du sein, également hormonodépendant, bénéficie notablement du traitement antiestrogénique et d' autant  que le dépistage systématique fait découvrir plus précocément des tumeurs de plus faible volume.

 

          - Le traitement hormonal d' emblée  n' empêche aucun autre traitement.   Au contraire, il les facilite en diminuant préalablement la masse tumorale.   En particulier,  le traitement hormonal d' emblée n' empêche pas le diagnostic histologique à faire sur des copeaux de résection ou des carottes de ponction-biopsie.   Dans toute ma carrière je n'ai pas rencontré un seul cas de biopsie avérée faussement négative du fait d' un traitement hormonal préalable.

 

          - Le risque d' accident vasculaire  lié à l' utilisation des médicaments hormonaux  est réduit à peu de chose  si les doses sont adaptées  et si on prescrit une protection simple  par antithrombotiques à faible dose.

 

3

Cancer de prostate et philosophie de la sexualité.

 

Dans le monde occidental,  le problème du cancer prostatique est intimement lié à la philosophie de la sexualité.    En dépit du fait que la principale religion  proclame la Vie comme valeur suprème,  le comportement spontané des peuples  dans leur masse profonde  laisse clairement voir que l' érection du mâle est une valeur supérieure à la  Vie.

 

Il suffit de prendre comme exemple le contrôle des meurtriers violeurs d' enfants et récidivistes.   Si une consultation   proposait au peuple  le choix entre le rétablissement de la guillotine et la pulpectomie testiculaire,  le peuple voterait massivement pour la peine de mort.   Porter atteinte à l' érection du meurtrier  est perçu comme  bien plus inacceptable  que  lui trancher le cou.

Aussitôt les beaux esprits,  de nombreux médecins au premier rang,  se précipiteraient pour affirmer que l' efficacité de la pulpectomie testiculaire  n'est pas scientifiquement prouvée. 

( De la même façon, les mêmes beaux esprits se sont acharnés pendant plus d' un siècle à montrer que la nocivité du tabac n' était pas scientifiquement prouvée.  Personne n' est pressé de prouver scientifiquement la nocivité de ce qu' il aime ).

 

Moi qui ai vu des dizaines  de jeunes hommes émasculés  lors des guerres tribales africaines , j' atteste que la perte des hormones testiculaires  fait disparaître les désirs et les pulsions du mâle.   Ils ne me consultaient jamais pour impuissance sexuelle,  pour la simple raison qu'ils n' éprouvaient  plus aucun désir ;  ils consultaient soit sous la pression harassante de la famille, inquiète de l' absence de descendance,  soit parce que la section de la voie urinaire basse entraînait un blocage et des abcès urineux monstrueux.

 

De la même façon,  le débat sur le traitement hormonal du cancer de la prostate  est complètement vicié  par la suprématie  de l' érection.

Toute atteinte à la virilité est systématiquement rejetée sur les cancéreux en fin de vie, comme un désespoir inévitable.

Personnellement,  je  n' adhère pas à cette philosophie de masse.  Je tiens que la Vie est la valeur suprème. 

En tant que médecin,  je pourrais éventuellement  accepter  que la santé soit mise au dessus de la vie végétative, mais je ne crois pas que l' érection du vieillard  puisse être  considérée comme une fonction  de santé  supérieure  à la  Vie.

J' accepte mal que la loi et le pouvoir soient aux mains de fringants quinquagénaires  qui n' ont,  dans leur chair, aucune expérience  de la maladie  ni des besoins des hommes plus âgés.

 

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